La Presse + édition du 5 juin – Sara Champagne:

Quelques dizaines de décrocheurs fréquentent l’une des sept école de rue accréditées au Québec, dont celle de l’Auberge communautaire du Sud-Ouest, le projet Charlemagne. Ils espèrent décrocher un diplôme et ainsi améliorer leur sort. Rencontre avec un rescapé.

JEFF SUR LE CANAPÉ

Jeff ne parlait que créole quand il est arrivé au Québec en plein mois de janvier, il y a cinq ans, après le séisme en Haïti. Il avait 14 ans, on l’a placé dans une classe d’accueil de l’école secondaire Louis-Joseph Papineau. Pas de chance, c’est un grand timide. « Je me faisais constamment ridiculiser. Il y avait de la bagarre. »

Double malchance, son père ne peut plus le garder sous son toît. Il aboutit à l’école Dalbé-Viau, à Lachine et dort sur le canapé d’un oncle, où il partage le salon avec les cousins et cousines. Ça ne va pas mieux, il retourne chez son père. De déménagement en déménagement, il est soumis à une formation professionnelle au travail (FTP). À ce moment-là, il n’a même pas l’équivalent d’une 1ère secondaire et il aura bientôt 17 ans. On lui offre un stage en pâtisserie, un stage dans une grosse quincaillerie. Il est complètement perdu. Rien ne va plus, il habite maintenant chez ses grands-parents.

« On ne faisait rien dans les classes d’accueil, j’étais laissé à moi-même, laisse entendre Jeff. J’étais découragé. J’ai tout lâché, je ne suis pas allé à l’école durant deux ans. »

Aujourd’hui, Jeff suit des cours de français et de mathématiques de 1ère et 2e secondaire au projet Charlemagne d’école de rue. Il a un supplément de 114 $ grâce au programme Alternative Jeunesse d’Emploi-Québec. Il a suivi des ateliers d’estime et de découverte de soi. Il rêve de décrocher un diplôme d’études professionnelles (DEP) pour travailler en conciergerie ou devenir peintre en bâtiment.